UN COL INFRANCHISSABLE:
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Et oui pour la première fois nous venons de rebrousser chemin!
En effet, nous étions partis de San Pedro De Atacama il y a 4 jours dans l'espoir de rejoindre l'Argentine via el Paso de Sico (un col) et ses passages andins à plus de 4500m. Le cœur vaillant nous avons pédalé le long du Salar de Atacama sur lequel nous avons passé une première nuit d'ermite. Le silence y fut si intense que les oreilles m'en bourdonnaient.

Les deux jours qui suivirent ne furent que " montées " : sur une route de bonne qualité dans un premier temps puis oscillant entre les caillasses et la tôle ondulée d'une piste inutilisée.
Le vent tout d'abord sympathique se transforma peu a peu en un début de "tempête". Nos trajectoires devenant alors de plus en plus incertaines et les chutes menaçantes, nous décidons de camper sur les rives d'une lagune a
sources chaudes. Impossible de monter la tente car les bourrasques ne nous laissent aucun répit. Décidés a dormir là et pas ailleurs, nous utilisons de gros rochers (difficilement déplacés) pour sécuriser les piquets insuffisamment robustes face aux conditions climatiques. Tout au long de la soirée notre toit et double toit effectueront une danse violente et saccadée nous faisant craindre l'écroulement de notre habitat de fortune et un campement a refaire.
L'air sec et glacé, le sifflement du vent dans les sangles de la tente me rappelleront des nuits blanches en bateau a surveiller un mouillage trop chahuté par un Mistral déchaîné!

Le lendemain matin (06h00), les yeux cernés et le bout du nez gelé, nous nous préparons doucement a cette journée qui s'annonce particulièrement physique.
Replier la tente nous oblige une nouvelle fois à faire preuve d'imagination.

Vers 09h30 nous voila finalement reparti: bonnet sur la tête, polaire, sous vêtements thermiques, gants et collants en guise de tenue de combattant. Nos lunettes de soleil et surtout leurs caches lateraux nous protégent tant bien que mal des poussières emportées par le vent. Ce dernier est d'abord avec nous.
Pas besoin de pédaler tant nos corps forment des Spis efficaces. Les côtes se montent sans efforts alors qu'il faut freiner sur le plat car rapidement nous atteignons la vitesse critique de 35km/h. Même si nos jambes sont au repos, nos bras doivent en permanence réajuster notre trajectoire.
Tout parcours montagneux étant sinueux, le vent partenaire devient au bout d'une demie heure notre pire adversaire. De face ou latéralement, il se déchaîne. J'ai du mal à évaluer sa vitesse. Seule certitude, les mêmes conditions sur la plage de lAlmanarre me dissuaderaient de faire de la planche a voile.
Nous peinons chacun de notre coté en silence. Dans ces moments là, pas besoin de parler pour se comprendre. De toute façon il est impossible de s'entendre a 2 mètres et nous sommes trop occupés sur nos montures pour commenter la
situation. De temps a autres, je jette un rapide coup d'œil sur Patricia qui, comme moi, est arque boutée sur son guidon à tenter de contrôler son vélo affolé.

Le vent ne cesse de croître. Il devient quasiment impossible d'avancer. Nos vélos sautillent sur la piste en tôle ondulée. Chaque saut donne l'occasion au vent de nous décaler un peu plus vers le fosse. Que faire?... A chaque nouveau
contact avec la terre ferme, j'essaie de revenir vers le centre de la piste, mais le poids de mon vélo est tel (65 a 70kg) qu'il dérape sur la terre poussiéreuse. Tous les cents mètres, je stoppe, descend du vélo et le pousse avec difficulté du coté du vent de la piste pour reprendre le pédalage. Ces manœuvres sont épuisantes. Je n'ai plus qu'une idée en tête: passer "au plus
vite" el Paso Sico dans l'espoir de rencontrer de meilleures conditions. Je n'ose plus me retourner vers Patricia de peur de sa réaction. De réguliers coups d'œil dans mon retro me suffiront pour la guetter.

Au bout de 2h30 d'efforts épuisants, a peine 20km franchis et a plus de 4200m d'altitude, nous voila quasi-HS. A travers les rafales poussiéreuses du vent j'aperçois les premier 4*4 depuis 2 jours. Je lui fais un leger signe, il n'en faudra pas plus pour qu'il pointe droit sur nous a travers la Pampa.

Vêtus comme nous en "cosmonautes", les passagers éberlués de nous voir nous invitent a prendre un bon café chaud à leur campement. Patricia me convaincd'accepter: avec le recul, quelle bonne idée!... Il s'agit en fait d'un groupe de 17 ouvriers missionnés pour forer un puit d'eau non loin de là. Depuis deux jours ils ne peuvent plus travailler tant le vent est violent. Lors d'une communication radio ils annonceront à leur employeur des vents de 100 a 120km/h.
Leur accueil est exemplaire et nous bénéficierons d'un certain respect de leur part. Le café initial se prolonge en déjeuner copieux et nous attendrons finalement le lendemain dans l'espoir de meilleures conditions climatiques. Une chambre dans un conteneur 33m3 aménagé avec douche tiède et l'unique radiateur du campement sont mis à notre disposition : ROYAL. La soirée en leur compagnie restera un moment précieux. Pour participer à la vie collective de ce campement pas comme les autres, Patricia et moi préparerons le dessert : Crêpes pour tout le monde avec un petit zest de Pisco.

Pour clôturer cette "mésaventure" nous apprendrons qu'il nous faut redescendre à San Pedro De Atacama pour tamponner nos VISAs afin de sortir du Chili.
Heureusement, nos nouveaux sauveteurs et amis nous y emmènerons en 4*4 demain des l'aube. Arrivés là, nouvelle surprise, même s'il est physiquement possible de le passer en vélo, El paso Sico (la frontière Andine) est administrativement fermée. Inutile donc de persévérer! Nous nous rendrons en Argentine en camion-stop (si nous en trouvons un...).

Apres cette dure et inoubliable expérience, nous nous retrouvons dans notre hôtel de départ a San Pedro de Atacama ou le patron, heureux de nous revoir, nous loge. Dés demain nous nous rendons au parking de la douane à la rencontre des chauffeurs de poids lourds pour tenter notre chance...

ET L'AVENTURE CONTINUE...