SALAR D'UYUNI ET SUD LIPEZ

Histoire de vie, Histoire du monde. Le Sud bolivien est sans doute une 8ème merveille du monde naturel. Lieu d'immensité, de religiosité, de paysages uniques et variés. La nature de cette région Andine, semble avoir été façonnée des mains d'un dieu créateur, artiste inspiré.

C'est au village d'Uyuni, dernier sanctuaire humain au bord d'un monde féerique, que nous avons organisé notre parcours. Ici, les agences touristiques foisonnent. La majorité des tours s'effectuent sur 4 jours à un rythme endiablé. Les prestations laissent indiscutablement à désirer mais la clientèle ne manquant pas, rien ne presse le changement. Bref, ayant du temps devant nous et souhaitant profiter pleinement de chaque moment, nous voulons du sur mesure. Au programme, expédition en 4*4 et VTT sur 6 jours, possibilité d'aller où bon nous semble et surtout bivouac chaque nuit au lieu de notre choix. Inutile de revenir sur les multiples problèmes que nous avons rencontrés dûs au faible professionnalisme de l'agence et de notre chauffeur. Attachons-nous plutôt à décrire cette petite semaine de rêve.

Le Salar d'Uyuni, plus grande étendue plane du monde, éblouit de sa splendeur unique. Mer de sel à perte de vue, sa profondeur (de sel) oscille entre 30cm et 12m. D'une couleur blanche immaculée, la surface est formée d'une multitude de portions hexagonales, chacune d'entre elle étant bordée d'un petit muret de sel de quelques millimètres de hauteur. Véritable mosaïque monochrome, crépitant sous les pneus lors de ma traversée en VTT. Ici le silence est d'or. Je m'arrête, m'assoie en tailleur et tente de ressentir ce lieu unique au silence monastique. Pas une brise, pas un bruit, aucun animal au loin, seul l'immensité blanche, des mirages brumeux à l'horizon (de lointaines montagnes) et un ciel bleu immaculé. Je jubile, le temps s'est arrêté, tout est figé. Ce "néant" qui m'entoure emplit progressivement mon cœur d'une chaleur bienfaisante. Il n'y a rien mais je suis comblé. Tant de joie me fait me relever et extraire mon trop plein de bonheur en un hurlement rauque. Comment décrire ce qui est indescriptible... Depuis lors cet instant reste gravé dans mon cœur.

Soudain, sur la ligne de l'horizon je distingue un minuscule point noir qui peu à peu semble venir à ma rencontre. Ce sont Patricia, Hélène et Eric. Zut, moi qui voulais prendre de l'avance! J'enfourche mon vélo et repars comme une furie dans la direction convenue ce matin: l'alignement avec un sommet lointain. Arrivés auprès de l'île « du poisson », nous sommes enfin réunis. Ayant expliqué ce que je venais de vivre sur ce parcours de 35km, désormais nous nous relaierons sur les vélos. Nous sommes vraiment dans un autre monde. L'île est parsemée de cactus gigantesques. Du haut de la colline centrale, nous pouvons admirer l'impressionnante vue à 360 degrés. Après un pique-nique sur l'immensité salée, nous effectuerons un rapide tour de l'île en vélo avant de les fixer sur la galerie et continuer en véhicule vers le sud. La nuit dernière, nous avons campé en plein milieu du salar, véritable banquise de sel. Impossible de planter les sardines, qu'à cela ne tienne, le vent ne devrait pas se lever. La température chute et atteint rapidement les -10°C. L'air est sec et la voie lactée nous offre toute sa beauté: Quel spectacle! Comme chaque soir, nous terminerons la soirée par une interminable partie de Belote "quinchée" dans la tente de nos convives.

Le lendemain, le désert de sel laissera alors place à une pampa légèrement vallonnée. Seul un petit maquis, épars, sec et parfois épineux semble s'être acclimaté. Dès lors, nos bivouacs seront accompagnés d'un petit feu sous les étoiles. Progressivement nous remontons en altitude. De-ci de-là, des cavités rocheuses laissent accès à de magnifiques momies pré-hispaniques. Bien qu'à ciel ouvert, elles ont réussi à franchir les siècles (10) qui nous mènent à elles. Recroquevillées en position fœtale, elles sont les ultimes témoins de civilisations anciennes aux connaissances époustouflantes. Aux dires des gens, nombreuses restent les zones encore inexplorées. Ils ont l'air secrètement d'en connaître certaines... Plus loin, des arbres pétrifiés attireront nos regards. Les vents violents et secs ainsi que l'air salin ont "momifié" leurs troncs devenus pierre fossilisée. La plupart des vallées possèdent des lagunes ou des lacs aux couleurs surprenantes. Au loin, sur un versant de montagne, une armée entière semble immobile, aux aguets et prête à bondir. En s'approchant, nous voilà rassurés. Il s'agit en fait d'une myriade de roches volcaniques noires et agressives que le vent et l'érosion ont, au fil des siècles, dégagées et mises en valeur. De la taille d'un homme et d'une verticalité menaçante, les archéologues les ont nommées Soldats Pétrifiés. Une heure à cheminer au milieu de ce labyrinthe volcanique et guerrier impressionne. Plus loin, au crépuscule, une zone de geysers captive à nouveau notre attention. Alors que l'altimètre indique 4250m nous nous croyons au cœur du monde. Dans de gigantesques marmites sulfureuses mijote un magma volcanique; Pachamama ne doit pas être loin! Ce spectacle est d'autant plus surprenant que ce site est couvert de neige. Ce soir, névés et lave magmatique avaient rendez-vous sous nos yeux écarquillés. Cette nuit il fera -18°C dans la tente. Elle est givrée de l'extérieur comme de l'intérieur. Mais comme la nature a décidé de nous gâter, nous avons pu installer notre bivouac à 3 mètres d'une source chaude. Le petit bassin ne mesure pas plus de 10m2 et ne fait qu'environ 40cm de profondeur. Après le coucher du soleil, nous y passons plus d'une heure. L'eau est à 39°C, alors qu'à 20cm au dessus du niveau de celle-ci, la cime d'un petit rocher immergé est couverte de gel. A la recherche d'étoiles filantes, nous discutons tranquillement au milieu de ce jacuzzi naturel. Il est 5H30 du matin, les réveils viennent de sonner, un second bain nous attend. Le froid saisissant de la nuit est vite oublié lorsque nous immergeons. Immobiles et allongés, nous nous relaxons tout en admirant le lever du jour. Sa couleur de flamme se reflète dans le bassin. La vapeur d'eau qui nous encercle, nous donne l'impression de toujours être en plein rêve. D'autres montagnes aux sommets enneigés, de nombreux volcans culminants à plus de 5500m, des lagons multicolores et des vallées verdoyantes ou drapées d'un manteau neigeux se succéderont tout au long de la journée.


Le lendemain aux aurores, Eric et Hélène nous quittent. Leurs vacances arrivent à leur terme et dans quelques jours ils remplaceront leur tenues de trekking par d'autres élégamment citadines. Durant 3 semaines ils ont eu l'opportunité de plonger dans un autre monde, dans une civilisation d'une autre époque et de voir l'une des régions les plus belles d'Amérique du Sud.
Nomades voyageurs, Patricia et moi ré-enfouchons nos vélos pour continuer toujours plus au sud. Derrière un col à 4580m, le Nord chilien et son désert d'Atacama nous attendent. C'est le cœur joyeux et l'esprit rempli d'images fortes que l'aventure et la découverte continuent...