1. SUPERSTITIONS ARGENTINES
  2. UNE GROSSE FROUSSE

 

SUPERSTITIONS ARGENTINES

En plusieurs décennies les Argentins ont su développer leur pays de façon impressionnante. Ils n'en sont pas moins restés très attachés à leurs traditions et surtout à leur mythologie populaire et superstitions affiliées.

Tout d'abord celle de GAUCHITO GIL, ce jeune argentin du XIXème siècle qui, ayant choisit de vivre auprès de sa bien aimée aux alentours des chutes d'Iguaçu, refusa de partir à la guerre. Compte tenu de son refus catégorique, les militaires sont venus le chercher et le condamnent à la pendaison. Le voilà donc rapidement pendu par les pieds. Avant d'avoir la tête tranchée par la lame acérée de son bourreau, Gauchito le prévient que sa maison est en feu avec toute sa famille à l'intérieur. Une fois sa dure besogne exécutée, le soldat s'empresse de rentrer chez lui. Grâce à la vision de Gauchito il sauve sa famille des flammes.
Dés lors Gauchito Gil est considéré comme un voyant posthume. Le long des routes Argentines, l'on peut observer des autels fortement décorés en son honneur. Ils sont régulièrement ornés de drapeaux rouges, de bouteilles d'eau de vie, de remerciements et de complaintes écrites. Les gens viennent en fait le prier et lui demander son aide.

Ensuite vient la légende de DIOLINDA ANTONIA CORREA, cette jeune femme qui, souhaitant rejoindre son mari parti pour la guerre, s'en alla sur les routes avec son bébé dans les bras. L'aridité du désert de Valleccito ne lui donna aucune opportunité de se nourrir ni de se désaltérer. Après 5 jours de marche, elle mourut de déshydratation. Trois jours plus tard, des Gauchos parcourant le désert à la recherche de leur troupeau de chevaux égarés retrouvèrent celui-ci formant un cercle autour de la femme et de l'enfant. Ils furent alors témoin du miracle: le corps de la défunte était en décomposition avancée mais son sein continuait à allaiter le bébé.
Aujourd'hui, un sanctuaire a été dressé en plein désert. De nombreux Argentins viennent en ce lieu faire des offrandes à CORREA pour qu'elle leur porte chance, leur donne une bonne récolte et tutti quanti. Nous les avons observés. Des plus jeunes au plus vieux, ils arrivent par cars entiers, en vélo ou à pied tels des pèlerins de Saint Jacques de Compostelle. Ce spectacle est saisissant!

Le dernier personnage Argentin mythifié se nomme CEFERINO HAMUNCURA, un indien « Mapuche » parti étudier au Vatican. Il mourut là-bas et devint ainsi pour sa communauté indienne un Saint. Comme pour les deux précédents exemples, il est vénéré et prié constamment. Pour information, les « Mapuche » vivent encore au sud de l'Argentine et forment la seule communauté indigène à se battre encore pour garder son identité et ses terres. Le nom « Mapuche » vient de l'indien « Mapu = terre » et » Puche = gens ».

A travers ces quelques croyances s'exprime le coté sentimental et émotionnel des Argentins. Nous leur témoignons une affection toute particulière. Leur accueil et gentillesse est unique. L'Argentine reste, pour l'instant, le pays dont la population nous a le plus plue.

Pour en savoir plus sur les « Mapuche » :

http://members.aol.com/mapulink2/english-2/main.html

UNE GROSSE FROUSSE

Aïe Aïe Aïe, là on est vraiment dans la ...! La nuit dernière la neige a succédé à la pluie. La route s’est détrempée et il est devenu impossible de faire plus de 300m en vélo (en les poussant !). La boue est collante, elle s’agglutine sur les roues jusqu’à les bloquer. Nous voilà prisonnier du mauvais temps…impossible de continuer.
Après de longues interrogations, nous prenons la décision de cacher notre matériel et les vélos dans un massif épineux de cette pampa montagneuse et de partir à pied dans la neige à la recherche d'un abri.

A 5km de là, nous trouvons une Estancia. Seul un vieil homme, crasseux, cassé de partout "garde" les lieux. Il n'a pas dû se laver ni se changer depuis plus de 10 mois, il semble même s’être vomi dessus. Il retire régulièrement les bestioles blotties sous sa chemise, il ne sait plus trop parler l'Espagnol, il parle dans sa barbe et est fréquemment pris de rires de "fous". A mon avis, il a passé beaucoup de temps isolé, il a déconnecté du monde réel et se laisse aller jusqu'à ce que la mort le sauve.
Son logis est pitoyable. Quelques poules courent dans tous les sens. Des tas de crottes de rats jonchent le sol et les meubles. D'impressionnantes toiles d'araignées relient l'évier à des boites de conserves éventrées, la vaisselle est noircie par la poussière, la crasse ou la fumée du poêlon. L'atmosphère est morbide. Un chien dort sur l’unique matelas de la pièce. En entrant, on marche sur de la nourriture ou du vomi : qui sait ? J'arrête là les détails scabreux, car les nausées me reviennent rien qu'en me souvenant des lieux.

Ceci étant dit, cet homme semble très gentil et nous resterons une bonne heure avec lui. L'estancia appartient, soit disant, à son frère et il a la tâche de la garder hors saison estivale. Un petit tour vers la maison principale nous montre qu’elle, est très propre et bien aménagée. On y aperçoit des réserves de nourriture : un secours utile en cas de pénurie.
Nous ne souhaitons pas rester, nous sommes trop mal à l’aise. Le vieil homme ne semble pas vouloir d'aide et dispose à priori de tout pour se nourrir et survivre. Seule la volonté de vivre dignement fait défaut...
Nous retournons à nos vélos le cœur lourd de cette rencontre affligeante et campons en se préparant au pire. Les nuages sont menaçants et les vents pourraient bien être violents. Nous fixons la tente avec des pieux en bois et nous mettons à l'abri. Nous sommes prêts pour la survie !
Chacun de notre coté nous imaginons comment tenir le plus longtemps possible dans ces conditions climatiques. Aujourd'hui nous ne mangerons qu'une fois : du riz. Les villages les plus proches sont 200km au Nord et 150km au Sud. Certes quelques Estancias sont à moins de 50km mais à cette époque de l'année personne n'y habite.
C'est la première fois que j'accepte l'éventualité qu'on ne s'en sorte pas. Il n'y a qu'une seule chose à faire : tenir le maximum de temps en espérant que le temps s'améliore. Nous devrions pouvoir tenir 5 jours (sauf si l'essence nous manque pour le réchaud). Nous ne parlons quasiment pas comme si chacun n'osait pas divulguer le fond de ses réflexions à l'autre, de peur de l'effrayer.
Dans ces moments là, on réalise que notre condition humaine est bien fragile. Si la nature le souhaite, elle peut nous engloutir: à elle de choisir!


Finalement nous verrons l’issue du tunnel 36 heures plus tard, le temps s'améliorant peu à peu, et le vent reprenant en force. Nous croiserons 40km plus loin un panneau routier indiquant que la zone était fermée pour raisons climatiques... sympa, nous étions en plein milieu !