Patricia et Cyril viennent de franchir la frontiere Chilienne et laissent derriere eux un long ruban de route parsemé de souvenirs, d' impressions et d'anecdotes...

Pour compléter leur carnet de route, et répondre à notre curiosité, nous leur avons demandé de répondre à certaines de nos questions :

1. Vous vous êtes retrouvé à 4 cyclistes pendant 2 semaines : Quels changements cela procure : + de motivation, moins de rencontres ?
En fait tout change. On n'est plus un couple mais un groupe. Le voyage en est changé mais garde de nombreuses richesses.
De notre coté, nous nous étions préparés de longue date a l'arrivée d'Eric et d'Hélène. Le plus important était qu'ils puissent vivre un bout de notre quotidien, ressentir la même chose que nous, découvrir la Bolivie et surtout passer des vacances hors du commun et si possible inoubliables. Pour ces raisons nous avons composé notre itinéraire avec des parties en vélo et
d'autres en 4*4. Dans les moments vélos, il s'avère que l'on s'est naturellement remis 2 par 2 (Cyril avec Eric et Hélène avec Patricia), certainement pour les discussions et aussi parce qu'il est difficile de garder un rythme a 4. Dans les parties plus dures comme les côtes ou sur une piste défoncée, là c'est chacun pour soi et on se retrouve en haut !
Coté " rencontres ", nous avons l'impression que les gens nous abordaient plus difficilement mais nous observaient d'avantage. Passer inaperçu fut plus délicat.
Coté " motivation ", leur venue fut d'une extrême richesse. Ce fut la première fois que l'on pouvait partager le réel au quotidien, sans le filtre des mots, des images ou d'Internet. Quelque part ils nous ont servi de miroir, d'oeil critique face a nous même. Le fait de pouvoir échanger avec eux nous a donné de l'énergie pour les 3 prochains mois (jusqu'a l'arrivée
de nos prochains visiteurs...).

2.Comment sont les routes de Bolivie par rapport à celles que vous avez emprunté précédemment ?
La particularité des routes Boliviennes est leur constante altitude : l'Altiplano porte la bien son nom. Nous avons continuellement oscillé entre 4000 et 4500m. Les dénivelés furent nettement inférieurs a ceux du Pérou et
surtout de l'Equateur. L'état des routes est équivalent : mi-bitume mi-terre, pierre et tôle ondulée. Chose intéressante, nous avons fréquemment traversé es chantiers routiers. D'ici quelques années les routes seront
certainement nettement meilleures.
Le fait que les montagnes soient bien moins peuplées en Bolivie nous a obligé a transporter de lourdes réserves en nourritures et en eau. Il ne faut pas oublier qu'en Bolivie un village est plutôt un hameau et un hameau se réduit bien souvent à un simple corps de ferme...

3. Est ce que le vol subi au Pérou a modifié vos habitudes du quotidien ?
Nous ne parlerons pas de changements d'habitudes, mais plutôt d'attitudes.Avant le vol, une fois dans le bain du voyage, nous nous sentions partout unpeu comme chez nous. La plupart des gens étaient gentils et seuls les
endroits d'ou filtrait une ambiance malsaine nous mettaient en alerte. Dans le fameux bus, nous partagions depuis plusieurs heures avec les mêmespersonnes la pénible longueur du trajet. Quand les regards se croisaient,c'était pour exprimer sympathie et soutien. Notre sentiment de sécurité s'en était accru alors que notre vigilance était anesthésiée par la fatigue.
Depuis, sans être devenus paranoïaques, ces moments de relâchements n'existent plus. Il y en a toujours un de nous qui reste en alerte. La méfiance est devenue de mise et nous nous astreignons a appliquer toutes les
consignes de sécurité de base, a savoir:
* ne jamais laisser les vélos et les affaires hors de notre regard, même sous la surveillance d'autrui
* attacher les vélos même dans les endroits " qui ne risquent rien "
* éviter de se promener avec un sac a main et fermer avec une épingle ànourrice la poche contenant nos papiers et notre argent
* ne jamais donner nos deux passeports en même temps lors d'un contrôle de police

Ce n'est pas toujours facile car la première pulsion serait de croire en la bonté des gens. Aujourd'hui, notre confiance n'est plus accordée de façon innée, mais doit se gagner!

4- Patricia, explique nous comment as tu pu faire du vélo sur les pistes avec un plâtre, et comment te portes-tu maintenant ?
Je rassure tout le monde, je n'ai pas fait de vélo avec une main plâtrée. En revanche, j'ai pédalé durant trois jours avec une fracture dont je ne soupçonnais même pas l'existence (je pensais avoir une petite entorse!), et j'ai pu tester a cette occasion la conduite d'une seule main. En retour d'expérience, je dirai que c'est beaucoup plus fatiguant (mon bras gauche en
presque double de volume) mais pas insurmontable.
A partir du moment ou j'ai eu le plâtre, nous avons arrêté le vélo et pour optimiser la progression, nous avons effectué des trajets en bus et fait un trek dans la région de Cusco.
En parallèle, notre médecin de voyage a Reims, au vu de la radio et des diagnostics des médecins locaux, m'a conseille le port d'une attelle thermoformable. Celle-ci, tout en assurant son rôle d'immobilisation, me permettait de tenir la direction du vélo, et avait le second avantage d'être très légère et pratique d'utilisation.
Dés sa réception en colis express de France, Cyril, tel un artiste, a passe un bon moment a modeler a la chaleur de notre réchaud de camping, cette prothèse en matière révolutionnaire.
Le lendemain, je l'ai testé pour enfin quitter la ville de Cusco dans laquelle nous avions déjà passé 12 jours. Apres quelques minutes d'adaptation, je me trouvais aussi a l'aise qu'avec mes deux mains agiles et pouvais même passer les vitesses! Nous avons donc allégrement repris la route jusqu'a La Paz ou un dernier contrôle médical m'a assure que je n'en
avais plus besoin.
Depuis, elle occupe un peu de place dans un de mes sacs, mais je la conserve pour conjurer le mauvais sort...

5.Quelle est votre appréciation de la Bolivie après le Pérou et l'Equateur ?
Il n'est pas toujours facile de faire des comparaisons car les trois pays sont culturellement très proches et nos séjours dans chacun restent toutefois assez courts. Ceci étant, la vie rurale en Bolivie est traditionnelle et les grandes villes touristiques frôlent l'occidentalisation. Les hautes altitudes de l'Altiplano nous ont donné un air sec, une grande visibilité et des ciels bleus d'une grande pureté. Les paysages désertiques Boliviens contrastent fortement avec la verdure Equatorienne et le fond des vallées verdoyantes Péruviennes. Les gens sont gentils mais discrets. La Bolivie nous a émerveillée par la beauté de ses
paysages, particulièrement dans le sud du pays.

6.On dit que le phénomène d'el Nino reprend cette année en Amérique Latine, avez vous vraiment eu beaucoup de mauvais temps depuis que vous êtes en Amérique du Sud ?
Il est vrai que le phénomène d'El Niño revient. On nous en parle souvent. Mais cela a eu plus d'effets sur le début de notre périple. En Equateur, les 2/3 de notre parcours furent sous la pluie, le brouillard et nous fument parfois engloutis dans les nuages. Les menaces de mauvais temps furent constantes durant le premier mois. Depuis, tout va bien et globalement le
beau temps est avec nous. Certes il a fait particulièrement froid en Bolivie (-18C un matin) mais cela est d'avantage lié à l'altitude plutôt qu'au phenomene d'El Niño. Inch allah pour la suite...

7.Si je vous dis : troquez gratuitement votre vélo contre une moto pour le reste du voyage, ça vous tente ?
(Réponse de Cyril) : Pour moi le voyage en vélo est unique. On progresse lentement, on fait des rencontres, on dort ou on veut, on se donne et on mérite chaque lieu. En moto cela me semble différent. On progresse plus vite et sans effort. Il est difficile de dormir hors de villes et de faire des rencontres. Ceci étant dit, la moto offre clairement plus de confort, et
permet de couvrir de longues distances en peu de temps. Vu le temps dont nous disposons, ma réponse (pour l'instant) est claire : JE GARDE MON VELO!
En revanche, pourquoi pas un prochain voyage en moto ou un court parcours avec ce mode de locomotion durant notre périple...

(Réponse de Patricia) Joker, c'est une question piége!
En toute franchise, cette idée m'a déjà frôlée l'esprit avant que tu ne l'évoques.
A chaud, c'est a dire au cours d'un moment galère comme on en a déjà traverse, je signerais tout de suite:
" y'a pas de raison, le progrès existe pour en profiter. Qu'est ce qu'on fait donc sur ces vélos qui pèsent une tonne, à tirer la langue comme des chameaux, dans cet endroit aussi hostile..., c'est vraiment pas des vacances! ".
En revanche, à froid, lors de tous les autres jours fabuleux que l'on a eu la chance de vivre, je nous félicite d'avoir opté pour ce moyen de transport aussi bien adapte au voyage au long-cours.
Le vélo offre la liberté tout en étant parfaitement compatible avec la nature et en ayant la particularité de faciliter les contacts. Les efforts fournis pour avancer vous font ouvrir plus grand les yeux et vous permettent de distinguer et d'apprécier à leur juste valeur les moindres beautés des lieux traverses.
Je n'échangerai donc pas mon vélo contre une moto pour la fin de ce voyage, mais en faire un autre sur un autre concept avec une moto, pourquoi pas...

8.Quel est votre meilleur souvenir en Bolivie ?
(Cyril) : La traversée du Salar d'Uyuni en vélo. Cela faisait tellement de temps que j'en rêvais! Ce fut bien a la hauteur de mes attentes: une platitude infinie d'un blanc immaculé, un ciel bleu foncé et un silence monastique. Vraiment ce fut un grand moment. Nous avons dormi en plein milieu du Salar. Le lendemain matin, je suis parti seul a vélo vers l'île du pêcheur. Ne pouvant la voir au loin, j'ai pris un " azimut " avec les montagnes a l'horizon et j'ai pédalé ainsi durant 35km. L'air était frais, le silence intimidant et la vue a 360 degrés incroyable. Le crépitement du sel sous mes pneus changeait en fonction de l'état de surface: tantôt murmurement, tantôt craquement comme un bon pain de campagne qui se rompt. Pour profiter pleinement de cette traversée intense, je me suis arrêté quelques instants: 5 minutes de contemplation INOUBLIABLE!

(Patricia) : Cyril a évoqué le Salar d'Uyuni, alors je ferai plutôt référence, pour mon meilleur souvenir, au bain dans les eaux chaudes près de la Laguna Colorada.
Vous n'imaginez pas a quel point il est divin de se plonger dans une piscine naturelle d'eau a 39 degrés quand la température extérieure est bien en-dessous de 0. On a l'impression que le temps s'arrête, on se relaxe en un instant et l'on réalise avec bonheur notre chance d'être a l'autre bout du monde, spectateur d'une nature grandiose, dans le confort d'un bain chaud
qui nous fait ressentir par contraste la réelle hostilité des lieux. Nous avions installé notre camp a proximité des piscines et profité de leurs bienfaits en pleine nuit sous la voûte céleste, et au lever du soleil avant l'arrivée de tous les touristes. De vrais moments de bien-être...

9.Quel est votre pire souvenir de la Bolivie ?
(Cyril) Mon pire souvenir fut l'organisation par l'agence de nos 6 jours en 4*4 et tout particulièrement l'attitude de notre chauffeur.
Alors que nous avions tout mis au clair avant le départ d'Uyuni, il a fallu chaque jour nous battre pour faire respecter les engagements pris par l'agence. Le chauffeur ne voulait plus dormir ou nous le souhaitions, il n'avait pas pris assez d'essence, pas de réserve d'eau, trop peu de nourriture, il ne chargeait pas lui même le véhicule, donnait parfois de
mauvaises infos, mentait régulièrement au gré de ses humeurs et a voulu faire le tour en 5 jours alors que nous avions paye pour 6.
Bref, par la suite nous avons appris que de nombreux voyageurs ont eu de bien pires problèmes. Certains avaient réservés et payes un tour qu'ils n'ont pas eu, d'autres se sont fait décharger du 4*4 car ils revendiquaient un peu trop pour une meilleur prestation. D'autres encore, ayant payé un tour complet au départ du Chili se sont finalement retrouvés déchargés des
le premier jour (après 12 heures de 4*4) a Uyuni en les informant que finalement il fallait attendre la 2 jours pour avoir un 4*4 disponible. Un dernier exemple, celui de Laurent (un cycliste rencontré en Argentine).
Voulant traverser le Salar en vélo avec 2 copains, ils avaient convenu avec une agence d'être récupèré 2 jours plus tard sur l'île du pêcheur.
Finalement le 4*4 n'est jamais venu les récupérer et au bout de 3 jours d'attente ils ont trouvé un autre véhicule pour les ramener a Uyuni.
Malheureusement des exemples comme ceux-la nous en avons entendu denombreux. Alors si le Salar d'Uyuni et le sud Lipez vous tente:
CUIDADO! (Attention!).
Finalement nous avons peut-être eu de la chance?...

(Patricia) Il n'y a pas vraiment d'événements susceptibles d'être categoriés dans les mauvais souvenirs, mais le plus désagréable a peut-être été lorsque je me suis fait suivre par un homme saoul dans les rues de La Paz.
Cyril était en montagne a ce moment là et je profitais toute seule de l'animation de la capitale. En début de soirée, alors que je me dirigeais vers l'hôtel, un homme Bolivien en costume cravate m'a aborde en anglais. A la première syllabe, j'ai pu sentir les vapeurs d'alcool. Il entamait un petit discours de drague pas vraiment recherche. J'ai essaye d'adopter une
attitude neutre et calme en évitant de lui porter intérêt. Il n'était pas du tout agressif mais très collant: même en accélérant le pas, je n'arrivais pas a le semer. Au bout de quelques minutes, vu son insistance, je me suis arrêtée et l'ai menacé d'appeler la police s'il continuait son scénario. Pas vraiment bête, il m'a gentiment propose d'aller chez lui pour utiliser son
téléphone !
Comprenant que je ne m'en sortirais pas toute seule et comme la rue était fréquentée, je me suis décidée a interpeller les gens pour me venir en aide.
En l'espace d'un instant et sans hésitation, un homme s'est occupé de mon Don Juan éméché, alors qu'un groupe de femmes m'indiquait une autre rue pour rejoindre mon hôtel.
L'histoire s'est terminée là. Je ne me suis pas sentie en danger, mais il est vrai que les jours suivants, je faisais bien attention de ne jamais me retrouver seule...