Le 20 janvier
(Puerto Cortes) - Corinto - La Ruidosa

« Nous cheminons vers la frontière Guatémaltèque entre forêt tropicale et plage caraïbéenne. C'est de plus en plus beau malgré la pluie qui, décidément, ne nous lâche plus depuis 15 jours. A Cuyamel, nous prenons la décision de monter dans un bus afin de franchir les 30 prochains kilomètres, véritable piste boueuse en terre glaise. Le bus y effectuera d'ailleurs quelques jolis dérapages "contrôlés". Une fois la frontière franchie, les bananeraies et champs cultivés bordent l'excellente route asphaltée nous ouvrant les portes du monde Maya »

Le 21 janvier
La Ruidosa - Rio Dulce - Ixbobo

"Et hop... une montée. Et hop... une descente. Ce petit Yo-Yo va durer des heures, mais que c'est beau! Nous oscillons et sinuons entre une myriade de collines à pics. Dans cette végétation dense et diversifiée, chaque espèce tente de se frayer un chemin vers la lumière. Ce bouillonnement végétal reste figé, nous laissant admirer ses plus belles compositions aux couleurs variées.
Quel spectacle enivrant !
Aux abords des villages, l'homme a pris le dessus sur la nature. Les bananiers, ananas et champs de maïs imposent leur présence. Les logis des villageois sont rustiques. Ce sont généralement de simples cabanes en bois avec toit en palme, mal agencées, sans aucune notion architecturale. Les conditions d'hygiène sont exécrables. Dans les "jardins", la boue a remplacé la pelouse; les poules côtoient les cochons; les enfants jouent au milieu des détritus. Ici la notion de traitement des déchets est inexistante. Les gens vident les poubelles dans leur cour intérieure ou dans la rivière la plus proche. Quel dommage dans une nature si belle! »

Le 22 janvier
Ixbobo - Poptun - Santa Ana

« Oh chouette, une côte... une autre... et encore une autre! Finalement, mon nouveau deuxième plateau ne me sert plus vraiment... »

« La nature est toujours aussi belle. On peut y distinguer, de-ci de-là, d'immenses arbres centenaires aux troncs rectilignes et massifs. Leurs racines aériennes de plusieurs mètres de hauteur semblent recouvertes d'un drapage d'écorce. La partie feuillue de ces géants forme un disque de plusieurs dizaines de mètres de diamètre. De longues lianes fines et verticales en descendent jusque terre. Résolument tournés vers les cieux ils ont l'air de grands sages, protecteurs des lieux.
Santa Ana, où nous nous arrêterons pour la nuit, est un petit hameau de rien du tout. C'est assis dans le seul petit bar de routiers du coin que nous réalisons notre chance d'être ici au milieu de nulle part, au bout du monde. En ces lieux le tourisme ne se développera jamais car il n'y a rien à voir si ce n'est un joli coucher de soleil, une tranquillité monastique et la vie simple des villageois. Le contraste entre cet instant paisible et les souffrances de la journée décuple notre sensation de bien être. »

« La fin de notre soirée paisible fut quelque peu sonorisée par la messe quotidienne de la communauté Évangélique de Santa Ana. L'on pouvait entendre (sans comprendre) le prêche guerrier du pasteur. Plus le ton montait et s'accélérait, plus les fidèles scandaient des "Alléluia" approbateurs ou des "Gracias al señor" spontanés. Parfois même, l'on pouvait distinguer des applaudissements ou pseudo-hurlements.
A la fin du prêche, le rythme de l'orateur est devenu martèlement stroboscopique, répétant sans cesse les mêmes phrases, comme s'il demandait aux gens des dons en surenchérissant continuellement. Je ne saurai jamais de quoi il s'agissait réellement tant le brouhaha collectif invalidait ma compréhension. Le seul chant audible fut la répétition perpétuelle de "Alléluia" au rythme d'une batterie et d'un synthétiseur tous deux cacophoniques. Expérience intéressante! »

Le 23 janvier
Santa Ana - Melchor de Mencos

« Notre dernier parcours sur le territoire guatémaltèque est une fois de plus magnifique. Lagunes bleu-vertes, véritables lacs, forêt tropicale, monticules cultivés et cahutes traditionnelles: quel spectacle ! »

« Petite nouveauté, l'incessant flux des minibus touristiques se dirigeant vers le site archéologique de Tikal. La plupart des passagers semblent s'ennuyer, blasés ou tout simplement endormis. Ils restent de glace devant ce qui, nous, cyclistes, nous émerveille. Notre vision ne provoque aucune réaction. Une fois seulement, les passagers d'un bus se lèveront et se retourneront pour nous observer. C'est pas que nous désirions être des stars mais à leur place, des cyclos, ça m'intriguerait. Et puis, la nature est tellement belle. De toute façon on verra bien, car dans un peu plus d'un mois nous serons... dans le bus! »

« Côté santé, mon genou droit me fait toujours aussi mal. Le Nifluril calme un peu. Ceci étant, depuis maintenant 3 jours, l'unique solution efficace reste de pédaler avec la jambe gauche. Résultat, je suis particulièrement fatigué. Heureusement que Patricia est là. Elle prend les devants du convoi, me faisant ainsi l'aspiration, se met à mon rythme, il faut le dire, un peut lent. Elle prend bien soin de moi soirs et matins, en cuisinant à ma place et en préparant les affaires de vélo. Elle est super dans ces moments là: je l'ai...je la garde! »